Mon arrière-grand-père, Charles-Albert de Boissieu

Mon arrière-grand-père, Charles-Albert de Boissieu

Par Maxime de Ladoucette 1ère S5

Lors d’un déjeuner familial avec ma grand-mère du côté paternel, j’ai abordé le thème de la première guerre mondiale que nous étudions en classe, et ma grand-mère m’a rappeler l’histoire très émouvante de son père, mon arrière-grand-père, Charles-Albert de Boissieu, né en 1896. Ma grand-mère a perdu très jeune sa mère d’un cancer, elle aimait beaucoup son père, les souvenirs sont encore pour elle douloureux, c’est pour cette raison qu’elle m’a si peu parlé de ses parents. J’ai appris que son père a élevé ses 6 enfants, sans jamais se remarier, et qu’il était lui-même orphelin de père et de mère. J’ai appris aussi qu’il a réussi de très belles études et une carrière professionnelle plus qu’étonnante puisqu’il a été notamment le dirigeant du Groupe Schneider pendant une dizaine d’année.

Pendant les vacances, j’ai rendu visite à ma grand-mère, elle m’a laissé ouvrir une grande boîte en carton où étaient mélangés pêle-mêle des lettres, des écrits de son père, un cahier des notes d’un de ses fils, des photos. Je me suis demandé alors, pourquoi ne pas essayer de retracer pour le blog le parcours de mon arrière-grand-père pendant la période 14-18.

La première guerre mondiale a commencé assez curieusement pour lui puisqu’il était en Allemagne en séjour scolaire. Sa grand-mère très inquiète lui a demandé de prendre rapidement un train pour revenir dans son pays. Quelques jours après, la guerre était déclarée. Il était en Prépa 2ème année, math spé. Il a arrêté ses études en décembre 1914 et s’est engagé dans l’armée. Il n’avait que 18 ans.

Il a été dirigé à Valence en Mars 1915 où se tenait un cours d’élèves officiers, puis il a continué son entraînement à Fontainebleau. En Janvier 1916 il a été affecté au 2ème Régiment d’Artillerie en tant que sous-officier en Lorraine au nord de Nancy.

En Juillet 1916, il a été nommé sous-lieutenant  et a été affecté au sud de Verdun sur les collines dominant les plaines de la Woëvre. Il était à un kilomètre des lignes. L’hiver et le printemps furent glacials avec des températures allant jusqu’à – 18 ° sans pouvoir faire de feu. Lors de la bataille de Verdun, sa division a perdu quatre lieutenants.

« C’était l’enfer ! Des obus éclataient de partout ! » Mon arrière-grand-père rappelle ses conditions de couchage. Il réussissait parfois à coucher dans des tunnels comme le tunnel de Tavannes à 50 mètres sous terre. Les fantassins se terraient dans les trous d’obus. Ils étaient relevés tous les trois à six jours. Mon arrière-grand-père est resté à Verdun quatre mois. Ensuite, en mars 1917, il a été envoyé en Champagne devant la ligne des Monts de Champagne, où il a été Officier d’État-major auprès du Colonel Roeder.

Ce fut un échec total, le premier désastre de l’armée française avec des pertes humaines très lourdes. L’attaque a utilisé pour la première fois des tanks, des automobiles à chenilles blindée, mais qui n’arrivaient à monter que très difficilement les pentes des collines et l’artillerie française était insuffisante. Après cette défaite, il fut ramené à l’arrière dans un petit village appelé Poisson et c’est à ce moment-là, je pense, que la révolte éclata  dans les régiments français avec de nombreuses mutineries.

En septembre 1917, il a été envoyé dans la Somme et nommé au groupe de Béliard, surnommé « le Snock »mais la nuit un obus est tombé sur la tente de celui-ci, à quelques mètres de lui.

En novembre 1917,  il est retourné en Champagne avec un régiment américain de New York dirigé par le Colonel Pickering.

En Avril 1918, il participe avec l’armée Gouraud à la troisième bataille de Champagne. Dans ses notes, il parle d’ « un océan de boue », « de cadavres sur lesquels on marchait lors des attaques »…

En juin 1918, il est envoyé dans la Marne près de Reims où l’offensive Mangin arrive à désorganiser le front allemand. C’est à ce moment-là, lors d’une reconnaissance des positions d’artilleries près de Rethel, qu’il part à cheval et qu’il est blessé par un éclat d’obus à la jambe. Il n’a pas voulu être évacué et a continué tout de même en commandant assis sur un caisson.  Dans ses notes, il dit « qu’ils étaient ivres de ce début de victoire »,  « les allemands se retiraient devant nous, nous atteignons leurs lignes ».

Après avoir passé le canal de l’Aisne, il rencontre sur la route son frère Antoine, l’embrasse. Trois jours après, le 25 octobre 1918, son frère est tué en conduisant son escouade à l’assaut. C’est le 3 novembre qu’il apprend sa mort. Quelques jours après, il obtient la permission de voir sa grand-mère. C’était la veille de l’armistice.

Dans la poche de l’uniforme de son frère, il a retrouvé un carnet de route et quelques vers que voici :

« La mort ne fait pas peur par un matin d’avril,

Sous les pommiers en fleurs qui neige sur les tombes

Il ne faut pas pleurer les pétales qui tombent,

Et si je dois mourir, mon Dieu, ainsi soit-il. »

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